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Les Insupportables vous ont présenté le

FestivalManké 2003
Festival parallèle de musique contemporaine

L'étang réel
Du 1er au 8 novembre 2003

Les meilleures choses ont une fin. A l'heure du bilan de cette édition 2003, le FestivalManké peut se féliciter d'avoir offert à son public un éventail de plaisirs et d'émotions musicales aussi large que rare sous nos latitudes. Voix, électronique, ensembles, solos, compositions, improvisations s'étaient donné rendez-vous à l'étang réel, confirmant ainsi le statut du FestivalManké : outsider incontournable des musiques actuelles de Nice et de la Côte d'Azur.

C'est finalement au Staccato, dans le vieux Nice, mercredi 5 novembre, qu'a débuté la 4ème édition du FestivalManké. Cette "nuit des plaisirs solitaires" a tenu toutes ses promesses. Jean-Christophe Bournine a ouvert le bal avec son dispositif expérimental de contrebasse solo électro-acoustique, démultipliant à l'infini toutes les sonorités et rythmes de son archet virtuose.
Lui succéda un Pyo placide, déchaînant au fil de ses
textures électroniques des torrents de décibels... et l'hostilité d'une petite partie du public, peu préparée à ce type de recherche. En fin de soirée, les deux solistes mirent tout le monde d'accord en proposant un duo électrique et vengeur, réconciliant orient et occident dans un juteux mix binaire.

Le 6 novembre le FestivalManké peut s'enorgueillir d'avoir écrit l'une des plus belles pages de sa jeune et impétueuse histoire. C'est la voix humaine, vecteur séminal de toute musique, qui était l'unique matériau sonore de ce triomphe public et artistique. En ouverture, dans un work-in-progress à l'accent provençal, Danielle Franzin a fait preuve d'une belle maîtrise (de chant...) en menant les onze chanteurs de son "atelier vocal" à la rencontre d'une audience, qui fut mise à contribution lors d'un final flamboyant et sans prétention. Ces évocations drôles ou émouvantes du patrimoine méditerranéen nous ont conduit sans crier gare à une forme de chant plus contemporaine, bien que puisant son inspiration à la même source.
Le VoXabulaire Ensemble, représenté par
Tanya Laing et Paolo Riccucci offrit un récital unique, tour à tour virtuose, drôlatique ou sensible, convoquant certaines des partitions les plus saisissantes de Cage, Aperghis, Scelsi, Bussotti, Berberian et de Tanya Laing elle-même. Injustement délaissées par les gros festivals, ces pièces magnifiques prirent toute leur mesure dans le cadre inhabituel des caves du "Staccato", scellant ainsi définitivement le statut avant-gardiste et underground du FestivalManké.

La météo s'était mise au diapason pour la matinée du 7 novembre et, malgré la grisaille, le "Mississippi Blues" du Power trio fut solaire. Mais d'un soleil noir. Cette revisitation en 2 heures de temps et en 5 étapes de l'histoire du Blues mena l'audience des rives nostalgiques de la Nouvelle Orléans à la bruyante métropole de Chicago, via des tempos pas toujours binaires et des thèmes assez peu urbains. Le Power trio mit la tête au carré (le concert bénéficiait de l'hospitalité de la Bibliothèque Louis Nucéra) à un style musical parfois confit dans la naphtaline et put affirmer froidement et radicalement qu' "everyday they have the blues", pendant que les images muettes du film de Bertrand Tavernier et Robert Parrish prenaient l'ascenceur pour l'échafaud... Jamais là où on l'attend, le Power trio, déjà en route pour de nouvelles aventures, conclut sa prestation par un Dio vi salve Regina en forme de générique. Pace e salute.

Pour conclure, samedi 8 au Le 15, Matteo Lucien de Gaillard, docteur honoris causa de l'Université de Salem, fit un brillant exposé* sur les liens étroits qui depuis l'origine du rock jusqu'aux musiques populaires actuelles, du black metal aux comptines pour enfants, unissent Satan aux artistes de toutes obédiences. Son approche scientifique neuve a permis de lever le voile sur deux écoles maléfiques, l'une ostentatoire (AC/DC, Black Sabbath, Venom) et l'autre dissimulatoire (Ray Ventura, The Eagles). Editions originales des albums, photos d'archives et extraits musicaux choisis donnèrent encore davantage de relief à cette communication.
Le
FestivalManké s'est achevé sur une expérience orchestrale inédite proposée par le Guignol's Big band et réunissant sous l'égide de Louis-Ferdinand Céline "un grand rencart d'instruments, toutes les rigolades pour le souffle, les rossignols à la traîne, les laissés pour compte des musiciens évaporés..." Ce big band disparate et décalé - niveau sonore minimal, intensité maximale - offrit à cette 4ème édition du FestivalManké un final éthéré en forme de point d'interrogation.

PS : Si vous n'avez pu, en 2003, assister à la présentation mondiale de l'ambitieux projet Internet à caractère philosophique, historique et musicologique, par son promoteur Renaud Brandi, retrouvez la banque du rire à l'opéra sur son site :
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